Archives ‘Poésie’

Païs … Païsatges

Jeudi 3 mars 2011

 

pais-paisatges-11

Le thème du Printemps des poètes 2011 (Infinis paysages, en résonance parfaite avec mon propre travail) a été le point de départ de cette exposition, montée avec le soutien du CRDP Montpellier et qui sera présentée dans leurs locaux du 10 au 18 mars (de 8h à 18h sauf samedi et dimanche). La veille, le mercredi 9 à 18 heures, une partie de l’expo accompagnera une lecture des étudiants du département d’occitan de l’Université Paul Valéry à la Maison de la Poésie, sous la direction de Jean-Claude Forêt.

L’exposition est composée de quinze photographies en contrepoint d’autant de poèmes choisis parmi les œuvres de quelques grands auteurs occitans du XXe siècle. Quinze points de vue poétiques évoquant chacun à leur manière différents aspects du paysage languedocien : du microcosme aux grands espaces du causse, en passant par la mer, les pierres, les arbres ou l’imaginaire du château cathare. Voir ici un petit extrait de l’expo.

L’arbresse

Dimanche 9 janvier 2011

 

arbre

Coeur d'arbre, déc. 2007

Toute notre vie nous nous dressons pour pouvoir rejoindre notre mot. Arbresse était un mot qui s’arrêtait d’être un arbre quand je devenais le seul homme à la toucher. Elle était le passage du mot qui me manquait.
Nous sommes toujours seuls à aimer et à réciter le monde avec des mots de passe.

Serge Pey, L’arbresse, extrait (revue Propos de campagne, 1999)

Sur le rivage invisible

Mardi 21 décembre 2010

 

Plage des Aresquiers, septembre 2010

Plage des Aresquiers #2, septembre 2010

Qui d’entre nous sait seulement ce qu’il pense, ou ce qu’il désire ? Qui sait ce qu’il est pour lui-même ? Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu’elles ne peuvent exister ! La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu’elles aient jamais été ! Telle une voix s’élevant de cette paix de tout son long étendue, l’enroulement des vagues explose et refroidit, et l’on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.

Fernando Pessoa, “Le livre de l’intranquillité”

Cevena, 1994

Vendredi 17 décembre 2010

Il y a tout juste un an, le 17 décembre, j’ouvrais ce blog avec une photo à laquelle je suis particulièrement attaché. Entre temps, paraissait un nouveau recueil de Philippe Gardy, Dins un cèu talhant de blau, dans lequel figurait un poème inspiré par cette image, et dédié à Marie-Jeanne Verny. L’anniversaire du blog était l’occasion de restituer l’ensemble.

Cévennes, 1994

Cevena, 1994

Fau montar quasi sus lo pus naut dau serre
per saber s’aqueu rai de clartat
a ras de cèu bas
es ben l’auba
que poja
a pas de lop entredormit
entre lei clapàs
ò se seriá pas
per avança
calabrun finissent
entre leis erbas sornas

l’agach s’es fach viu e pacient
fins qu’a temps que pòsca destriar
escondut dins lo gris aigós de l’aire
lo primier gran de clartat
la primiera vida
estrecha

e que de l’espera silenciosa
en finala
siá sortit
coma miracle
lo riu naissent dau jorn
fina telaranha
que l’arbre
solitari
vèn tot bèu just d’agantar au filat encara escur
de sei brancas immobilas

lo 24 de febrier de 2008, sus una fotografia de Georges Souche

Philippe Gardy, extrait de Dins un cèu talhant de blau, ed. Letras d’òc

Il faut monter au plus haut de la colline / pour savoir si ce rayon de clarté / tout contre le bas du ciel / c’est bien l’aube qui s’élève / à pas de loup endormi / entre les pierres / ou si ce ne serait pas / déjà / la fin du crépuscule / entre les herbes sombres

le regard est devenu vif et patient / jusqu’au moment où il pourra distinguer / dissimulé dans le gris humide de l’air / le premier grain de lumière / la première vie / étroite

quand de l’attente silencieuse / enfin / sourdra / miraculeux / le ruisseau naissant du jour / mince toile d’araignée / que l’arbre / solitaire / vient tout juste d’attraper au filet encore obscur / de ses branches immobiles

L’ariana

Jeudi 25 novembre 2010

Extrait du disque Rasims de luna


Lac du Salagou

Lac du Salagou, 1995

Quand le chant nous déserta, / quand la mer s’en est allée, / évaporée à l’horizon / des voiles évanouies, / lorsque se tait la parole / aux frontières du désert, / la perdue est la pauvre âme.

Ariane abandonnée, / amoureuse oubliée, / qui, l’œil sur l’horizon / reste là sans espoir / et qui perdit jusqu’au verbe / de la parole du vent.

Comme la pierre première / qui depuis l’aube du monde / sans espoir et sans attente / dédaignant l’ombre passagère / jamais ne compte le temps.

Poème de Max Rouquette, extrait du Maucòr de l’unicòrn
Musique : Laurent Audemard. Voix : Marie-Anne Mazeau. Publié chez Buda Musique

Rasims de luna est un voyage musical dans l’univers poétique de Max Rouquette, interprété par 5 musiciens, 4 chanteurs et un récitant, avec la voix enregistrée de Max Rouquette sur 3 titres. Le disque vient de paraître. Il est présenté dans un coffret incluant un livret de 64 pages, que j’ai eu le plaisir de mettre en page. Les proses et poèmes occitans y sont accompagnés de leurs traductions en français et en anglais ainsi que de photographies. La photo ci-dessus est celle qui accompagne le poème dans le livret.
Pour plus d’infos sur ce projet et commander le coffret en ligne :
http://www.max-rouquette.org/rasims_de_luna/presentation.htm.
Ce n’est qu’à partir de la mi-janvier que le coffret sera disponible chez tous les disquaires, FNAC etc…

NB pour les Héraultais : le coffret est également en vente à Montpellier chez Sauramps, à Béziers à la Librairie du Théâtre, à Lodève à la librairie “Un point un trait”.

Silenci de l’auton

Dimanche 7 novembre 2010

 

Vallée de l'Hérault

Vallée de l'Hérault, novembre 2010

Silenci de l’auton quand lo vent s’es pausat,
doç coma una pluma de palomba
escapada de la negra man del caçaire.

Silence de l’automne quand le vent s’est posé,
doux comme une plume de palombe
échappée de la noire main du chasseur.

Louisa Paulin, Direm a la nòstra nena

Sòmi dau matin

Samedi 11 septembre 2010

 

Matin d'été, La Vacquerie

La Vacquerie, août 2010

Lo mèrle que vai d’una mata
a l’autra mata e que seguís
los vièlhs camins, e que s’acata
en lo bois e los romanins,
sol poiriá dire amb la palomba
e la mostèla e lo singlar
tota la patz d’aquela comba.

Le merle qui va d’un buisson
à l’autre, et qui suit
les vieux chemins, et se cache
dans le buis et les romarins,
seul pourrait dire, et la palombe
et la belette et le sanglier,
toute la paix de cette combe.

Max Rouquette, Comba de la trelha. Extrait de Sòmis dau matin, 1937

Masca

Vendredi 27 août 2010

 

Rives de la Lergue, mars 2010

Rives de la Lergue, mars 2010

Dis-nous ton nom,
que sais-tu de l’homme
millénaire,
pierre vivante
au soleil revenue d’entre les ronces,

Ô visage fermé
de nos antiques épouvantes.

Diga-me ton nom, / de qué sabes de l’òme / milenari, / pèira viva / au solelh tornada d’entre arronzes, / Ò cara clausa / dels nòstres antics espavants.

Frédéric-Jacques Temple, extrait de Poèmes, traduit en occitan par Max Rouquette. Éd. Jorn, 1999.

Landar lo paisatge

Mercredi 18 août 2010

 

Cirque de Mourèze

Cirque de Mourèze, juin 2010

landar lo paisatge es se landar e pastar au dintre l’argila
agotar lei laurons dei lutz desalenadas e i marcar la clava

parcourir le paysage c’est aussi se parcourir et pétrir en soi l’argile
tarir les sources des lueurs essoufflées et y laisser la trace

Joan-Ives Casanova, Enfra lei trèus / Traversée des brumes, éditions Jorn

Estiu

Lundi 12 juillet 2010

Été

L'ombra dins l'èrba #1, 2010

d’aquesta vida tan claufida d’ufana
ren non demòra pas que lei rebats dau temps
parpalhòlas de glòria a fiu d’aiga e de mar
ambé quand la nuech o vèn tot acaptar
dau fuòc qu’antan flambèt a la cima deis oras
leis ombras nudas coma un faisset de cendre

de cette vie si remplie de vanité
rien ne demeure que les reflets du temps
papillons de gloire au fil d’eau et de mer
avec quand la nuit vient tout recouvrir
de ce feu qui flamba autrefois au sommet des heures
les ombres nues comme un petit tas de cendres

Philippe Gardy, extrait de Mitologicas (éd. Fédérop)

NB : cette photo, comme d’autres de cette série, est faite pour être tirée en grand format (60×90 minimum). Difficile à restituer ici.