Archives ‘Poésie’

Musique

Dimanche 21 février 2010
contrebasse Bernard Santacruz

Bernard Santacruz. Montpellier, octobre 2008

La musique est ainsi : elle demande,
interroge avec insistance
- l’amour ? le monde ? la vie ?
Nous ne savons pas, et jamais
ne le saurons.
Comme si elle ne disait rien elle
finit par tout dire.
Ainsi : s’écoulant, brûlant jusqu’à
la fulgurance - et enfin
le silence blanc du désert.
Auparavant pourtant, comme une syllabe tremblante,
elle commence à jaillir, blesse,
caresse la plus lointaine des étoiles.

Eugenio de Andrade, Les lieux du feu
(traduit du portugais par Michel Chandeigne). Ed. L’Escampette.

A la fenèstra

Jeudi 11 février 2010

(Joan-Maria Petit)

Jean-Marie Petit

Jean-Marie Petit. Clapiers, février 2010

Et ma main retomba.
Il y avait tous les mots
Sur le sol de ma chambre
Comme des fleurs sauvages
Et tu t’en vêtis
Avant de t’en aller.
Un vent jaloux tourbillonnait
À la fenêtre
Qui s’était trompé de matin.

E ma man retombèt.
I aviá totes los mots
Sul ponde de la cramba
Coma de flors salvatjas
E te ne vestiguères
Abans de te n’anar.
Un vent gelòs revolumava
A la fenèstra
Que s’èra enganat de matin.


Jean-Marie Petit, extrait de Petaçon / Manteau d’Arlequin (Éditions Jorn)

Le solitaire

Mardi 26 janvier 2010
Serrabonne

Prieuré de Serrabonne. Pyrénées-Orientales, 1997

Non : mon cœur deviendra une tour,
je me posterai sur ses bords :
là où il n’est plus rien, encore des souffrances,
encore l’indicible et l’univers encore.

Une chose perdue encore dans l’immense
que frappent l’ombre et la lumière,
un suprême visage encore qui désire
et rejeté dans l’insatiable,

un extrême visage de pierre
docile aux poids qui sont en lui,
que les lointains qui le tuent en silence
forcent à un croissant bonheur.

Rainer Maria Rilke : Le solitaire (Nouveaux poèmes, éd. du Seuil)

Fotosintèsi

Samedi 23 janvier 2010
feuille après la pluie

Après la pluie. Lacoste, juin 2009

Fotosintèsi : ma sòrre la fuèlha fa son umil prètzfach de planta al lum, renovant l’èr de l’atmosfèra vièlha, mentre que ieu fau mon trabalh tan crum e material, lo de l’òme qu’asuèlha, produire una consciéncia del folhum, çò que de mòrt promesa un pauc consola, units que sèm dins una astrada sola.

Photosynthèse : ma sœur la feuille accomplit son humble tâche de plante dans la lumière, renouvelant l’air de la vieille atmosphère, pendant que moi, je fais mon travail aussi obscur et matériel, celui de l’homme qui regarde, produire une conscience de la feuille, ce qui de mort promise console un peu, unis que nous sommes dans une seule destinée.

Jean-Claude Forêt, extrait de Cants de l’octava. (Anthologie de poésie occitane contemporaine, revue Triages, 2009 - Tarabuste éditions -)

James Sacré, J-Yves Casanova… Soirée poésie le 21 janvier

Dimanche 17 janvier 2010

Les jeudis occitans de la librairie Sauramps proposent ce 21 janvier à Montpellier une soirée en deux parties autour de la poésie occitane.
Salle Pétrarque à 18 heures.     Lire le reste de cet article »

Bonne année 2010

Vendredi 1 janvier 2010

Bona annada e meilhors vòts per 2010.

Graminées en garrigue

Graminées en garrigue. Plateau de Germane, mai 2009

Il n’y a qu’un seul jour :

le jour d’aujourd’hui

qui depuis mille ans dure

et boit déjà les mille ans qui viennent,

dans le bref éclair du bonheur.

I a pas qu’un sol jorn :

lo jorn de uòi.

que despuòi mil ans s’esperlonga

e bèu adejà los mil ans que venon,

dins lo brèu ulhauç dau bonur.

Max Rouquette, extrait de Brèus moments de bonur (Revue Europe, juin 2008)

L’ombra

Dimanche 27 décembre 2009

(sur un extrait de La dicha de la figuiera, de l’immense poète Philippe Gardy. La deuxième partie bientôt)

Mas Audran, décembre 2009

Mas Audran, décembre 2009

L’ombre est la fille de l’ombre

et sa première mère

elle sort d’elle et entre en elle

comme le ruisseau se perd dans les étoiles

avant de revenir caché

dans l’obscur épais de ses sources
[ inépuisables

L'ombra es la filha de l'ombra

e sa maire primiera

d'ela sortís e dins ela dintra

coma lo riu se pèrd dins l'estelum

abans de tornar secret

dins l'espés escur de sei fònts
[ inabenablas


Tronc d'olivier

Olivier, novembre 2009

ici commence la vie

cœur de feuilles et d’herbes

ici finit la vie

poing refermé

sur les graviers sans nombre du temps

aquí la vida que comença

còr de fuelhas e d’erbas

aquí la vida que finís

ponh mai que sarrat

sus lei gravetas sens nombre dau temps

Philippe Gardy, extrait de La dicha de la figuiera (ed. Trabucaire, 2002)