Archives ‘Noir et blanc’

Entre deux notes

Vendredi 25 juin 2010

 

Abbaye de Moissac

Abbaye de Moissac, Tarn et Garonne, 1997

Je suis la pause entre deux notes
qui s’harmonisent mal :
la note de la mort veut monter à l’aigu.

Mais dans la nuit de l’intervalle
toutes deux frémissantes
s’accordent.
Et le chant reste beau.

R-M Rilke, Le livre d’heures

Pluie de lumière

Jeudi 6 mai 2010

 

Cabrières, Hérault, 1997

Cabrières, Hérault, 1997

Vivre en pleine lumière

Se jeter dans l’abîme.

Les écrans de fumée se dissipent, vite.

La pluie drue et fine distille les vagues.

Le jour se lève.

Raymond Alcovère, extrait de L’aube a un goût de cerise, éditions N&B

Musique

Dimanche 21 février 2010
contrebasse Bernard Santacruz

Bernard Santacruz. Montpellier, octobre 2008

La musique est ainsi : elle demande,
interroge avec insistance
- l’amour ? le monde ? la vie ?
Nous ne savons pas, et jamais
ne le saurons.
Comme si elle ne disait rien elle
finit par tout dire.
Ainsi : s’écoulant, brûlant jusqu’à
la fulgurance - et enfin
le silence blanc du désert.
Auparavant pourtant, comme une syllabe tremblante,
elle commence à jaillir, blesse,
caresse la plus lointaine des étoiles.

Eugenio de Andrade, Les lieux du feu
(traduit du portugais par Michel Chandeigne). Ed. L’Escampette.

A la fenèstra

Jeudi 11 février 2010

(Joan-Maria Petit)

Jean-Marie Petit

Jean-Marie Petit. Clapiers, février 2010

Et ma main retomba.
Il y avait tous les mots
Sur le sol de ma chambre
Comme des fleurs sauvages
Et tu t’en vêtis
Avant de t’en aller.
Un vent jaloux tourbillonnait
À la fenêtre
Qui s’était trompé de matin.

E ma man retombèt.
I aviá totes los mots
Sul ponde de la cramba
Coma de flors salvatjas
E te ne vestiguères
Abans de te n’anar.
Un vent gelòs revolumava
A la fenèstra
Que s’èra enganat de matin.


Jean-Marie Petit, extrait de Petaçon / Manteau d’Arlequin (Éditions Jorn)

Metamorfòsi

Mardi 9 février 2010

 

Causse du Larzac, 1995

Causse du Larzac, 1995 (archives argentiques)

Le solitaire

Mardi 26 janvier 2010
Serrabonne

Prieuré de Serrabonne. Pyrénées-Orientales, 1997

Non : mon cœur deviendra une tour,
je me posterai sur ses bords :
là où il n’est plus rien, encore des souffrances,
encore l’indicible et l’univers encore.

Une chose perdue encore dans l’immense
que frappent l’ombre et la lumière,
un suprême visage encore qui désire
et rejeté dans l’insatiable,

un extrême visage de pierre
docile aux poids qui sont en lui,
que les lointains qui le tuent en silence
forcent à un croissant bonheur.

Rainer Maria Rilke : Le solitaire (Nouveaux poèmes, éd. du Seuil)

Denis Fournier / Percussions profiles

Vendredi 15 janvier 2010
Denis Fournier

Denis Fournier. Percussions profiles, Montpellier, 10 janvier 2010


Jean-Pierre Jullian

Jean-Pierre Jullian. Percussions profiles, Montpellier, 10 janvier 2010

Percussions profiles est le nom d’une formation musicale inhabituelle : un ensemble de 4 percussionnistes créé par Denis Fournier avec à ses côtés Jean-Pierre Jullian, Tom Toreil et Max Chabrol. Ils ont donné dimanche soir au théâtre Pierre Tabard à Montpellier un superbe concert, malgré l’absence de l’un d’entre eux, Max Chabrol, coincé dans le Vaucluse par la neige.

J’en profite pour signaler que je viens tout juste d’achever la réalisation du nouveau site de Denis Fournier, que vous pouvez visiter pour en savoir plus sur ce batteur percussionniste montpelliérain bien connu dans les domaines du jazz, de l’improvisation, mais aussi de la musique occitane.    Lire le reste de cet article »

L’ombra

Dimanche 27 décembre 2009

(sur un extrait de La dicha de la figuiera, de l’immense poète Philippe Gardy. La deuxième partie bientôt)

Mas Audran, décembre 2009

Mas Audran, décembre 2009

L’ombre est la fille de l’ombre

et sa première mère

elle sort d’elle et entre en elle

comme le ruisseau se perd dans les étoiles

avant de revenir caché

dans l’obscur épais de ses sources
[ inépuisables

L'ombra es la filha de l'ombra

e sa maire primiera

d'ela sortís e dins ela dintra

coma lo riu se pèrd dins l'estelum

abans de tornar secret

dins l'espés escur de sei fònts
[ inabenablas


Tronc d'olivier

Olivier, novembre 2009

ici commence la vie

cœur de feuilles et d’herbes

ici finit la vie

poing refermé

sur les graviers sans nombre du temps

aquí la vida que comença

còr de fuelhas e d’erbas

aquí la vida que finís

ponh mai que sarrat

sus lei gravetas sens nombre dau temps

Philippe Gardy, extrait de La dicha de la figuiera (ed. Trabucaire, 2002)