Archives ‘Poésie’

Arbres de Nadal

Dimanche 25 décembre 2011

 

Dourbies, Cévennes

Dourbies, Cévennes, nov.2011

Entre morir sempre renaisse san
e fau la lutz de cada nuech escura.
D’un pous de saba antau grelha e madura
aqueu Nadau qu’es a la fin de l’an.
Entre esperar sempre l’espèr es van.
Abandonat au voler de Natura
quite d’ufana e de desgaubiadura
me’n vau aquí ont leis autres vendràn.
Mai atentiu a l’ora que deslaça
guèire lo signe luenh de la crosiera
ont lo camin rescontrarà l’aurassa.
Lo cercle se desfai. Intra guerriera
l’eternitat per la pòrta badiera
coma intra lo mistrau dedins la jaça.

Dès que je meurs je recouvre santé / et fais clarté de toute nuit obscure. / D’un pouls de sève ainsi germe et mûrit / cette Noël au bout de mon année. / En mon espoir toujours en vain j’espère. / Abandonné au vouloir de Nature / lavé d’orgueil et de gauches révoltes / je vais au lieu où les autres viendront. / Mais attentif à l’heure qui délace / je guette le signal lointain du carrefour / où le chemin rencontre la tempête. / Le cercle se rompra. Entre guerrière / l’éternité par la porte béante / comme entre le mistral en une bergerie.

Robert Lafont, extrait de Poèmas, 1943-1984

NB : Je conseille chaudement cette dernière parution de Jorn, qui rassemble les recueils de Robert Lafont parus jusqu’à 1984, et qui étaient épuisés. Plus d’infos ici.

Delà l’aiga

Mercredi 21 décembre 2011

 

Delà l'aiga. Salagou, 10/12/2011

Delà l'aiga. Salagou, 10/12/2011

György Ligeti : Clocks and clouds, pour 12 voix et orchestre

Delà l’aiga
delà la muralha que l’embarra
dins sei presons invesiblas
esteletas de còs blancs coma cendre
esteletas de rires e de plors
coma de lagremas de vida après la vida
a paupas dins lo grand vuege
que la vestís e l’escana de sei plovinas mairalas

Au-delà de l’eau / au-delà de la muraille qui l’enferme / dans ses prisons invisibles / petites étoiles de corps / blancs comme cendre / petites étoiles de rires et de pleurs / comme des larmes de vie après la vie / à tâtons dans le grand vide / qui l’habille et l’étrangle de ses bruines nourricières

Philippe Gardy, extrait de Delà l’aiga (ed. Letras d’òc 2007)

Garriga #2

Mercredi 31 août 2011

 

Saint-Guilhem le Désert, août 2011

Saint-Guilhem le Désert, août 2011

Bèu grilh, miegjorn cantant dins los lausasses
quand tot s’aplanta au suau reglet de l’uscle
e que tot pensament s’esbeu
dins lo bronzinar de las oras !

Beau grillon, midi qui chante entre les pierres plates / à l’heure où tout s’interrompt sous la suave tyrannie de la brûlure / et où toute pensée s’évapore / dans le bourdonnement des heures

Jean-Frédéric Brun,
extrait de “Beu rocam” (Legendari de las despartidas)

Lei mots son de calavencs

Mardi 12 juillet 2011

 

Forêt de l'Aigoual, juillet 2011

Forêt de l'Aigoual, juillet 2011

Lei mots son de calavencs. Sei païsatges de l’endessùs escondon d’autrei païsatges, qu’es sempre perilhòs de i voler anar veire. (…)
La paraula, a flor e mesura que bastís, que se bastís, fai pas levar que de semblanças de camins. Sus la sabla efemèra de l’ora dicha, leis escrituras pausan de dessenhs que de lei seguir se devinha totjorn, a un moment ò a un autre, la preséncia escura e menaçosa de l’autre mond, d’aqueu mond de dessota lo mond “verai” que la cadena dei mots es benlèu pas aquí que per ne comolar lei vueges que nos fan tan bèla paur, cada còp que cresèm de se n’anulhar.

Les mots sont des abîmes. Leurs paysages visibles dissimulent d’autres paysages qu’il est toujours dangereux de vouloir connaître.(…)
La parole, au fur et à mesure qu’elle se constitue, ne fait surgir que des apparences de chemin. Sur le sable éphémère de l’heure saisie au vol, les écritures déposent des traces sous lesquelles on n’en finit pas de deviner, tôt ou tard, pour peu qu’on s’attache à en suivre le décours, la présence obscure et menaçante de l’autre monde, de ce monde qui subsiste sous le monde “vrai”, et dont la chaîne sans fin des mots n’a peut-être pas d’autre raison d’être que d’en combler les gouffres qui nous font si peur, chaque fois que nous avons l’impression de nous en éloigner.

Philippe Gardy, extrait de “Lo remembre testard d’un blau”, in Vint ans d’escritura occitana, ed. Jorn

La constellation de la Harpe…

Mardi 7 juin 2011

… au-dessus des vignes de Frontignan

C’est le titre d’une rencontre poésie / arts visuels qui aura lieu ce vendredi 10 juin au Domaine de la Plaine à Frontignan et à laquelle je participe avec 2 ou 3 photographies. Un livret / recueil a été édité pour accompagner cette rencontre :

frontignan2011

18 h 00 : vernissage de l’exposition et dégustation des muscats du Domaine.
Exposition collective avec des œuvres des plasticiens Jean-Paul Agosti, Joël Bast, Enan Burgos, Marie-Hélène Bikowa, Marie-Noelle Git, Bérénice Goni, Jean-Pierre Rose et des photographes Laurent Delemotte et Georges Souche

À partir de 19 h 00: lectures de poèmes (français/occitan), contes et musique.
Avec les poètes : Stéphen Bertrand, Enan Burgos, Jean-Paul Creissac, Georges Drano, Jacquy Gil, Jean-Marie Petit, James Sacré, Nicole Drano Stamberg, Pierre Tilman, Serge Velay, Marc Wetzel.
Musiciens : Gérard Franco, Jean-Charles Viven, Gilles Siouffi

Domaine de la plaine : 6 route de Montpellier, 34110 Vic La Gardiole. 04 67 48 10 78

Ajout : entrée libre, ouvert à tous. Réserver cependant pour le repas (15 €, ngdrano_at_club-internet.fr)

La voix

Mercredi 18 mai 2011

 

Salagou 2011, 15/16

Salagou 2011, 15/16 (mai)

La voix qui embellit la terre
La voix supérieure
La voix du tonnerre
Parmi les sombres nuages
À jamais résonne
La voix qui embellit la terre

La voix qui embellit la terre
La voix d’ici-bas
La voix de la sauterelle
Parmi les fleurs et les herbages
À jamais résonne
La voix qui embellit la terre

Chant de beauté, extrait des Psaumes de la création des indiens Navahos, traduits par F-J Temple (éd. L’arbre)

L’ombra dins l’èrba

Mercredi 4 mai 2011

 

Mai 2010

L'ombra dins l'èrba #4, mai 2010

Ont es lo cèu
ont es la terra
ont es que passa
se ven que passa
lo fiu d’aranha
que dessepara invesible
lo clar de l’escur
l’ombra de la lutz

ges de paret ges de camin
tant de viatges que menan pas
qu’a son ponch de naissença
tant d’escorregudas vanas
e lo soleu que dins la mar se nega
e lo silenci qu’engolís a plaser tota vida
quand n’es son voler

ont es lo cèu
ont es la terra
lei camps dau temps son pas
qu’ermàs e deserts blaus
ni nuech ni jorn i trevan pas
ren mai s’i vei que leis ombras
d’una vida que lusissiá
dins lo virar dei sasons
e que ara ne’n finís pas
de se cercar dins la brusor coirada
qu’a remplaçat cèl e terra

Où est le ciel / où est la terre / où passe-t-il / s’il vient à passer / le fil de l’araignée / qui sépare invisible / l’ombre de la lumière

Pas de mur pas de chemin / tant de voyages qui ne mènent / qu’à leur point de départ / tant de courses vaines / et le soleil qui se noie dans la mer / et le silence qui engloutit à plaisir toute vie / si tel est son vouloir

Où est le ciel / où est la terre / les champs du temps ne sont / que friches et déserts bleus / ni nuit ni jour n’y passent / On n’y voit rien que les ombres / d’une vie qui brillait / dans la ronde des saisons / et qui maintenant n’en finit plus / de se chercher dans le grondement cuivré / qui a remplacé ciel et terre

Philippe Gardy (inédit, trad. GS)

Vigne d’avril

Samedi 23 avril 2011

 

Vallée de la Lergue, avril 2011

Vallée de la Lergue, avril 2011

” Le champ nourricier enfante, et sous les souffles tièdes de Zéphyr les guérets entr’ouvrent leur sein ; une tendre sève surabonde partout ; les germes osent se confier sans crainte à des soleils nouveaux, et sans redouter ni le lever des Autans, ni la pluie que chassent du ciel les puissants Aquilons, le pampre pousse ses bourgeons et déploie toutes ses frondaisons. Non ce ne furent pas d’autres jours - je le croirais volontiers - qui éclairèrent le monde naissant à son origine première : c’était le printemps, le printemps qui régnait sur l’immense univers, et les Eurus ménageaient leurs souffles hivernaux quand les premiers animaux burent la lumière du jour (…) “

Virgile, Géorgiques, chant II

Parpalhons 2011 [#3]

Vendredi 15 avril 2011

 

Pontia daplidice (le Marbré de vert)

Pontia daplidice (le Marbré de vert). Les Lavagnes, mars 2011

Jusqu’aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs

Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L’œil de ton enfance
Qui détient à sa source
L’univers des regards

Andrée Chédid, Épreuves du Vivant (Poésie / Gallimard)

J’invente l’aube

Mercredi 9 mars 2011

 

Forêt de l'Escandorgue, sept.2010

Forêt de l'Escandorgue, sept.2010

Je suis enceinte du soleil. Je suis enceinte de la nuit.
Lorsque je dors sous mes forêts comme une femme dans ma chevelure, que je dors sous mes blés, que je dors sous mes prés –mais sans dormir et même une heure dans le balbutiement des blés et le ruissellement des sèves –
Je suis enceinte du soleil, j’accouche la lumière et le rayonnement. J’invente l’aube.
J’invente l’aube que déjà au plus profond de moi commencent les fermentations de l’ombre.
Que déjà je suis enceinte de la nuit. Que j’accouche déjà de l’ombre et de la nuit.
Que j’invente la nuit depuis mes profondeurs les plus profondes. Que j’accouche la nuit par mes seins, par ma bouche.
Et par mon ventre et par mes reins. Par mes orteils et par les paumes de mes mains. Par mes épaules.
Que par toute ma peau la nuit transpire de mon corps, que le soleil nouveau déjà me travaille si fort
Que déjà le matin de l’éternelle mort me brûle les entrailles.

1e avril 1972

Marcelle Delpastre (poème écrit en français). Revue Plein Chant n°71-72 (2001)