Archives ‘Poésie’

Estiu

Lundi 12 juillet 2010

Été

L'ombra dins l'èrba #1, 2010

d’aquesta vida tan claufida d’ufana
ren non demòra pas que lei rebats dau temps
parpalhòlas de glòria a fiu d’aiga e de mar
ambé quand la nuech o vèn tot acaptar
dau fuòc qu’antan flambèt a la cima deis oras
leis ombras nudas coma un faisset de cendre

de cette vie si remplie de vanité
rien ne demeure que les reflets du temps
papillons de gloire au fil d’eau et de mer
avec quand la nuit vient tout recouvrir
de ce feu qui flamba autrefois au sommet des heures
les ombres nues comme un petit tas de cendres

Philippe Gardy, extrait de Mitologicas (éd. Fédérop)

NB : cette photo, comme d’autres de cette série, est faite pour être tirée en grand format (60×90 minimum). Difficile à restituer ici.

Une belle journée

Lundi 28 juin 2010

 

Coléoptère Cryptocéphalus sp

Cryptocéphalus sp sur un chardon. 26/06/10, Espinouse

Les critiques au petit pied aiment à souligner que tel poème, largement rythmé, signifie tout simplement que la journée est belle. Mais dire que la journée est belle est une chose difficile, et cette belle journée, en elle-même, va disparaître. Par conséquent, il nous faut conserver cette belle journée dans un souvenir fleuri et prolixe, et consteller ainsi de fleurs nouvelles ou d’astres nouveaux les champs et les cieux de l’extériorité, éphémère et vide.

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquilité

Entre deux notes

Vendredi 25 juin 2010

 

Abbaye de Moissac

Abbaye de Moissac, Tarn et Garonne, 1997

Je suis la pause entre deux notes
qui s’harmonisent mal :
la note de la mort veut monter à l’aigu.

Mais dans la nuit de l’intervalle
toutes deux frémissantes
s’accordent.
Et le chant reste beau.

R-M Rilke, Le livre d’heures

Non se sap pas

Jeudi 20 mai 2010

 

Lycénidé sur une graminée

Parpalhon de fosc, mai 2010

Non se sap pas l’ombra se seriá pas la lutz
nimai la lutz se dins ela es pas l’escur que grelha
e sauta de bartàs en bartàs d’espinhas e de ròsas
per semenar de la nuech lei parpalhons de fosc (…)

On ne sait pas si l’ombre ne serait pas la lumière
ni si dans la lumière ce n’est pas l’obscurité qui germe
et saute de buisson en buisson d’épines et de roses
pour semer de la nuit les papillons d’ombre (…)

Philippe Gardy, extrait de Mitologicas (éd. Fédérop)

Philippe Gardy vient de publier un tout nouveau recueil, Dins un cèu talhant de blau, aux éditions Letras d’òc.

Pluie de lumière

Jeudi 6 mai 2010

 

Cabrières, Hérault, 1997

Cabrières, Hérault, 1997

Vivre en pleine lumière

Se jeter dans l’abîme.

Les écrans de fumée se dissipent, vite.

La pluie drue et fine distille les vagues.

Le jour se lève.

Raymond Alcovère, extrait de L’aube a un goût de cerise, éditions N&B

Silence

Samedi 27 mars 2010

Orchidée Barlie de Robert. Mas Audran, mars 2010

Orchidée Barlie de Robert. Mas Audran, mars 2010

À l’exemple de la musique, le silence est fait pour les différentes heures de la vie.

Le matin, il est rougeoyant des braises de la nuit, son éclat est sombre et déjà, en son coeur, il est cendre froide.

Le silence du soir est tremblant d’attente. Il accompagne les vengeances et les séductions.
Quelquefois, pourtant, sa fièvre n’est que celle de l’observateur. On dit alors qu’il est inaperçu.

C’est la nuit que le silence déploie ses tentures les plus lourdes, ses longs velours d’orient, plis et replis, fastes et néfastes. Au fond, c’est la noce du silence et des ténèbres qui est l’ultime cérémonie.

Michel Thion, Traité du Silence (éditions Voix d’encre)

Tant m’an laguiat…

Samedi 20 mars 2010

Rochers de Mourèze

Cirque de Mourèze, mars 2010

Tant m’an laguiat las paraulas de vent
lo parladís de gralhas sul teulat
dau mond ambé son bruch de ferramenta
qu’a d’oras ai envaja de pas dire
mas paraulas qu’a las combas desèrtas
als arnavèsses, a la felze, a la bruga,
a la ròca en son pes que de mil ans somiaira
sap la virtut e l’espés dau silenci.
Segur que siái qu’emai m’ausigan pas
quauqu’un darrièr fai d’eles sas aurelhas.

Tant m’ont lassé les paroles de vent,
le babil de corneilles sur le toit
du monde, avec son bruit de ferraille
que, parfois, j’ai envie de ne dire
mes paroles qu’aux combes désertes,
aux paliures, à la fougère, à la bruyère,
à la roche, en son poids, songeuse de mille ans
qui du silence sait la force et l’épaisseur.
Certain que s’ils ne m’écoutent pas,
quelqu’un fait d’eux ses oreilles.

Max Rouquette, extrait de D’aicí mil ans de lutz (éditions Jorn)

Aubre de paraulas

Samedi 6 mars 2010

Hêtre

Hêtre, Plateau de l'Escandorgue, décembre 1994

Aubre de paraulas, aubre de vent, te ses plantat au pus chaud de mon sang, e tas raiç me curan la mecha dau òs.

Mon sang e ma vita ! Si los te chau per viure. Ma saliva, mon còrs, lo vent que passa entre mas dents : los vequí.

Mon còr, mon arma, los vòles : los as. Me vequí tot, me vequí ieu, que ne sui res. Non ne sui res. Mas tu !

Mas tu ! Seràs l’aubre de fuec, lo noveu jorn ; faràs sautar de l’ombra chada chausa ela-mesma, coma jamai zo era estada.

Arbre de paroles, arbre de vent, tu t’es planté au plus chaud de mon sang, tes racines me creusent la moelle des os.

Mon sang et ma vie ! S’il te les faut pour vivre. Ma salive, mon corps, le souffle qui passe entre mes dents : les voici.

Mon cœur, mon âme, tu les veux : tu les as. Me voici tout, me voici moi, qui ne suis rien. Non je ne suis rien. Mais toi !

Mais toi ! Tu seras l’arbre de feu, le nouveau jour ; tu feras sortir de l’ombre chaque chose elle-même, comme jamais elle ne l’avait été.

Marcela Delpastre, Saumes pagans

Musique

Dimanche 21 février 2010

contrebasse Bernard Santacruz

Bernard Santacruz. Montpellier, octobre 2008

La musique est ainsi : elle demande,
interroge avec insistance
- l’amour ? le monde ? la vie ?
Nous ne savons pas, et jamais
ne le saurons.
Comme si elle ne disait rien elle
finit par tout dire.
Ainsi : s’écoulant, brûlant jusqu’à
la fulgurance - et enfin
le silence blanc du désert.
Auparavant pourtant, comme une syllabe tremblante,
elle commence à jaillir, blesse,
caresse la plus lointaine des étoiles.

Eugenio de Andrade, Les lieux du feu
(traduit du portugais par Michel Chandeigne). Ed. L’Escampette.

A la fenèstra

Jeudi 11 février 2010

(Joan-Maria Petit)

Jean-Marie Petit

Jean-Marie Petit. Clapiers, février 2010

Et ma main retomba.
Il y avait tous les mots
Sur le sol de ma chambre
Comme des fleurs sauvages
Et tu t’en vêtis
Avant de t’en aller.
Un vent jaloux tourbillonnait
À la fenêtre
Qui s’était trompé de matin.

E ma man retombèt.
I aviá totes los mots
Sul ponde de la cramba
Coma de flors salvatjas
E te ne vestiguères
Abans de te n’anar.
Un vent gelòs revolumava
A la fenèstra
Que s’èra enganat de matin.


Jean-Marie Petit, extrait de Petaçon / Manteau d’Arlequin (Éditions Jorn)