Qui d’entre nous sait seulement ce qu’il pense, ou ce qu’il désire ? Qui sait ce qu’il est pour lui-même ? Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu’elles ne peuvent exister ! La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu’elles aient jamais été ! Telle une voix s’élevant de cette paix de tout son long étendue, l’enroulement des vagues explose et refroidit, et l’on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.
Il y a tout juste un an, le 17 décembre, j’ouvrais ce blog avec une photo à laquelle je suis particulièrement attaché. Entre temps, paraissait un nouveau recueil de Philippe Gardy, Dins un cèu talhant de blau, dans lequel figurait un poème inspiré par cette image, et dédié à Marie-Jeanne Verny. L’anniversaire du blog était l’occasion de restituer l’ensemble.
Cevena, 1994
Fau montar quasi sus lo pus naut dau serre per saber s’aqueu rai de clartat a ras de cèu bas es ben l’auba que poja a pas de lop entredormit entre lei clapàs ò se seriá pas per avança calabrun finissent entre leis erbas sornas
l’agach s’es fach viu e pacient fins qu’a temps que pòsca destriar escondut dins lo gris aigós de l’aire lo primier gran de clartat la primiera vida estrecha
e que de l’espera silenciosa en finala siá sortit coma miracle lo riu naissent dau jorn fina telaranha que l’arbre solitari vèn tot bèu just d’agantar au filat encara escur de sei brancas immobilas
lo 24 de febrier de 2008, sus una fotografia de Georges Souche
Il faut monter au plus haut de la colline / pour savoir si ce rayon de clarté / tout contre le bas du ciel / c’est bien l’aube qui s’élève / à pas de loup endormi / entre les pierres / ou si ce ne serait pas / déjà / la fin du crépuscule / entre les herbes sombres
le regard est devenu vif et patient / jusqu’au moment où il pourra distinguer / dissimulé dans le gris humide de l’air / le premier grain de lumière / la première vie / étroite
quand de l’attente silencieuse / enfin / sourdra / miraculeux / le ruisseau naissant du jour / mince toile d’araignée / que l’arbre / solitaire / vient tout juste d’attraper au filet encore obscur / de ses branches immobiles
Arbre solitaire. Plateau de Valensole, Provence, 1999
Un ami me faisait remarquer l’autre jour que depuis le début de ce blog, il n’avait quasiment jamais vu de photos avec un beau et grand ciel bleu, symbole pourtant hautement attractif de notre région. Aussi je tiens à rassurer les visiteurs du nord qui renonceraient, déprimés, à partir en vacances chez nous à cause de cela. Le ciel est souvent bleu ici, je vous le confirme. Ne vous fiez surtout pas à ce photographe si blasé par le bleu uniforme du ciel qu’il a cessé de montrer des photos qui l’illustrent.
PS : pour éviter toute fausse interprétation de la photo ci-dessus, le ciel bleu du Languedoc n’a évidemment rien à envier à celui de la Provence, je le précise bien pour ne pas m’attirer les foudres des comités de tourisme.
Quand le chant nous déserta, / quand la mer s’en est allée, / évaporée à l’horizon / des voiles évanouies, / lorsque se tait la parole / aux frontières du désert, / la perdue est la pauvre âme.
Ariane abandonnée, / amoureuse oubliée, / qui, l’œil sur l’horizon / reste là sans espoir / et qui perdit jusqu’au verbe / de la parole du vent.
Comme la pierre première / qui depuis l’aube du monde / sans espoir et sans attente / dédaignant l’ombre passagère / jamais ne compte le temps.
Poème de Max Rouquette, extrait du Maucòr de l’unicòrn Musique : Laurent Audemard. Voix : Marie-Anne Mazeau. Publié chez Buda Musique
Rasims de luna est un voyage musical dans l’univers poétique de Max Rouquette, interprété par 5 musiciens, 4 chanteurs et un récitant, avec la voix enregistrée de Max Rouquette sur 3 titres. Le disque vient de paraître. Il est présenté dans un coffret incluant un livret de 64 pages, que j’ai eu le plaisir de mettre en page. Les proses et poèmes occitans y sont accompagnés de leurs traductions en français et en anglais ainsi que de photographies. La photo ci-dessus est celle qui accompagne le poème dans le livret. Pour plus d’infos sur ce projet et commander le coffret en ligne : http://www.max-rouquette.org/rasims_de_luna/presentation.htm.
Ce n’est qu’à partir de la mi-janvier que le coffret sera disponible chez tous les disquaires, FNAC etc…
NB pour les Héraultais : le coffret est également en vente à Montpellier chez Sauramps, à Béziers à la Librairie du Théâtre, à Lodève à la librairie “Un point un trait”.
Mon exposition Vignoble de lumière–un regard sur les paysages viticoles du Languedoc–, sera présentée du 19 novembre au 17 décembre à l’Institut français de Mayence, en Allemagne. Présentée pour la première fois en 2006 à Vinisud Montpellier (Salon international des vins méditerranéens), elle sera en partie remaniée pour l’occasion, afin de présenter certaines images plus récentes, comme celle ci-dessus. Certaines des photographies qui composeront cette exposition sont visibles ici : Vignoble du Languedoc.
Lo mèrle que vai d’una mata a l’autra mata e que seguís los vièlhs camins, e que s’acata en lo bois e los romanins, sol poiriá dire amb la palomba e la mostèla e lo singlar tota la patz d’aquela comba.
Le merle qui va d’un buisson à l’autre, et qui suit
les vieux chemins, et se cache dans le buis et les romarins, seul pourrait dire, et la palombe
et la belette et le sanglier, toute la paix de cette combe.
Max Rouquette, Comba de la trelha. Extrait de Sòmis dau matin, 1937